Un enfant élevé dans un pauvre village
Revint chez ses parents, et fut surpris d’y voir
Un miroir.
D’abord il aima son image ;
Et par un travers bien digne d’un enfant,
Et même d’un être plus grand,
Il veut outrager ce qu’il aime,
Lui fait une grimace, et le miroir la rend.
Alors son dépit est extrême
Il lui montre un poing menaçant ;
Il se voit menacé de même.
Notre marmot fâché s’en vient, en frémissant
Battre cette image insolente ;
Il se fait mal aux mains. Sa colère en augmente
Et, furieux, au désespoir
Le voilà devant ce miroir
Criant, pleurant, frappant la glace.
Sa mère, qui survient, le console, l’embrasse,
Tarit ses pleurs, et doucement lui dit :
« N’as-tu pas commencé par faire la grimace
À ce méchant enfant qui cause ton dépit ?
– Oui. — Regarde à présent : tu souris, il sourit,
Tu tends vers lui les bras, il te les tend de même,
Tu n’es plus en colère, il ne se fâche plus.
De la société tu vois ici l’emblème :
Le bien, le mal, nous sont rendus. »